L’histoire incroyable et méconnue du Citigroup Center de Manhattan

citygroupÀ deux pas du grand magasin Macy’s se trouve un immeuble à la fois imposant, moderne et à l’architecture très particulière : c’est le Citigroup Center. Il mesure 279 mètres, compte 52 étages et possède un toit oblique plein sud.

L’architecte, Hugh Stubins, pensait créer sur ce toit des appartements en retrait, avec terrasses ou jardins suspendus mais l’idée fut abandonnée.

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Vue depuis le Top of the Rock

Ce building a également une histoire originale, voire effrayante : quand on s’approche de la base de l’édifice, on constate que l’énorme gratte-ciel ne repose que sur 3 pieds.

citigroup center new york manhattan
(crédit photo Docomomo)

Quelques temps après les travaux, des ingénieurs se rendirent compte qu’en cas de vent violent (plus de 110 km/h), l’immeuble risquait de s’effondrer et d’écraser le quartier et tous ses habitants.

Quand ça souffle fort, on entend l’ascenseur racler les parois de l’immeuble qui vacille. Il arrive que les portes des bureaux s’ouvrent seules, non pas à cause d’un courant d’air (les fenêtres sont scellées) mais à cause d’une légère inclinaison de la tour.

(source New York insolite et secrète – éditions jonglez)

Pour résoudre ce problème, des équipes d’ouvriers armés de chalumeaux consolidèrent les énormes pieds au bâtiment.


Jeroen Van Der Goot est passionné par l’histoire de ce building. Il n’a pas hésité à laisser un long commentaire explicatif (sous cet article) sur ce building incroyable et son histoire. Voici son commentaire :

Mis à part la prouesse structurelle que représente le gratte-ciel jadis appelé le CityCorp Building, il est intéressant de noter que 1. ce ne sont pas « des ingénieurs » qui ont mis en avant que le bâtiment ne tiendrait pas en cas de cyclone mais un étudiant (undergrad de surcroît!) et que 2. L’ingénieur à l’origine de la structure, William LeMessurier, a tout de suite pris au sérieux les propos dudit étudiant (ce qui est assez rare pour être relevé). Ce qui est surprenant enfin, c’est qu’on ne sait rien de l’étudiant, au niveau de son identité. Toujours est-il qu’on s’est (de mémoire) employé à remplacer les assemblages à base de boulons par des rivets (eh oui ; pas si « has been » que cela…), et ce nuit et jour, sachant qu’un cyclone menaçait de frapper New York City. Le jour J, seuls les deux tiers de la tour ont été repris et, par chance, l’ouragan s’est dévoyé…
Ce qui est intéressant de mentionner aussi, c’est qu’au dernier étage de la tour il y a un grand disque de béton qui tourne (gyroscope) et qui entretient ainsi la parfaite stabilité de la tour… Génial, certes, mais que se passera-t-il le jour où il n’y aura plus l’énergie pour entretenir ce dispositif ? Que deviendra le « crummy little building » que constituait l’église Luthérienne de Saint-Pierre à l’angle de Lexington Ave et la E 54th street, au yeux de LeMessurier, et qui justifia le parti du piétement de la tour ?

L’épisode de la mise au point de la structure m’est toujours apparu comme une incroyable leçon de vie. Effectivement, l’ingénieur qui prend la peine de discuter avec l’étudiant, puis va jusqu’à reprendre ses calculs, pour finir par s’isoler au fond du Canada pour réfléchir à cette question extrêmement grave, impliquant sa réputation, des morts par milliers,…  l’architecte qui accuse le coup sans trop perdre son sang froid quand son ingénieur l’informe des erreurs de calculs ; et enfin le directeur de CitiGroup qui plutôt que de se jeter sur son téléphone pour appeler son avocat met tout de suite son énergie au service de la réhabilitation du projet. New York c’est ça, aussi ; et on a trop souvent tendance à l’oublier du haut de certains préjugés.
Dans une société (mondiale) qui voue un culte aveugle à la technologie qu’elle développe, il est intéressant de s’arrêter « deux minutes » sur les conséquences potentielles de l’écroulement d’une tour comme celle-ci… Ce qui a probablement incité William Lemessurier de révéler l’affaire, c’est que la tour menaçait non pas de s’écrouler sur elle-même (comme les tours du WTC) mais de basculer, donnant lieu ainsi à un effet dit de dominos, pouvant se propager sur jusqu’à 18 blocks…

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3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Jeroen VAN DER GOOT dit :

    Mis à part la prouesse structurelle que représente le gratte-ciel jadis appelé le CityCorp Building, il est intéressant de noter que 1. ce ne sont pas « des ingénieurs » qui ont mis en avant que le bâtiment ne tiendrait pas en cas de cyclone mais un étudiant (undergrad de surcroît!) et que 2. l’ingénieur à l’origine de la structure, William LeMessurier, a tout de suite pris au sérieux les propos dudit étudiant (ce qui est assez rare pour être relevé). Ce qui est surprenant (?), enfin, c’est qu’on ne sait rien de l’étudiant, au niveau de son identité. Toujours est-il qu’on c’est (de mémoire) employé à remplacer les assemblages à base de boulons par des rivets (eh oui ; pas si « has been » que cela…), et ce nuit et jour, sachant qu’un cyclone menaçait de frapper New York City. Le jour J, seuls les deux tiers de la tour ont été repris et, par chance, l’ouragan s’est dévoyé…
    Ce qui est intéressant de mentionner, aussi, c’est qu’au dernier étage de la tour il y a un grand disque de béton qui tourne (gyroscope) et qui entretient ainsi la parfaite stabilité de la tour… Génial, certes, mais que se passera-t-il le jour où il n’y aura plus l’énergie pour entretenir ce dispositif ? Que deviendra le « crummy little building » que constituait l’église Luthérienne de Saint-Pierre à l’angle de Lexington Ave et la E 54th Str., au yeux de LeMessurier, et qui justifia le parti du piétement de la tour ?
    Au plaisir, Aurélie !
    Jeroen van der Goot ; Paris (France)

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    1. Aurélie dit :

      Wouah que d’infos !! Merci beaucoup, c’est vraiment très intéressant ! Tu es passionné par le sujet ? Malgré mes recherches sur ce building je ne connaissais pas l’histoire de l’étudiant, ni du gyroscope…

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      1. Jeroen VAN DER GOOT dit :

        Je connais le bâtiment depuis sa construction et il fait partie des bâtiments qui m’ont toujours interpellés à NYC…
        L’épisode de la mise au point de la structure m’est toujours apparu comme une incroyable leçon de vie. Effectivement, l’ingénieur qui prend la peine de discuter avec l’étudiant, puis va jusqu’à reprendre ses calculs, pour finir par s’isoler au fond du Canada pour réfléchir à cette question extrêmement grave, impliquant sa réputation, des morts par milliers,… ; l’architecte qui accuse le coup sans trop perdre son sang froid quand son ingénieur l’informe des erreurs de calculs ; et enfin le directeur de CitiGroup qui plutôt que de se jeter sur son téléphone pour appeler son avocat met tout de suite son énergie au service de la réhabilitation du projet. New York c’est ça, aussi ; et on a trop souvent tendance à l’oublier du haut de certains préjugés.
        Dans une société (mondiale) qui voue un culte aveugle à la technologie qu’elle développe, il est intéressant de s’arrêter « deux minutes » sur les conséquences potentielles de l’écroulement d’une tour comme celle-ci… Ce qui a probablement incité William Lemessurier de révéler l’affaire, c’est que la tour menaçait non pas de s’écrouler sur elle-même (comme les tours du WTC) mais de basculer, donnant lieu ainsi à un effet dit de dominos, pouvant se propager sur jusqu’à 18 blocks…

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